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Véhicules électriques en Europe : à la recherche des matières premières

Publié le
Écrit par Elodie Chrzanowski, Responsable adjointe pôle de recherche crédit et ESG, Crédit Mutuel Asset Management

Crédit Mutuel Asset Management est une société de gestion d'actifs de Groupe La Française, holding de la filière gestion d'actifs du Crédit Mutuel Alliance Fédérale.

La transition vers la mobilité électrique en Europe s’accélère. Après un ralentissement conjoncturel observé en 2024, marqué par une progression limitée des ventes de véhicules électriques (+1 %)[1], l’année 2025 a vu un net rebond (+34 %), soutenu par l’élargissement de l’offre sur les segments d’entrée et de milieu de gamme, ainsi que par un cadre réglementaire orienté vers la décarbonation du transport[2].

Naturellement, cette dynamique s’accompagne d’une transformation des chaînes de valeur pour les constructeurs automobiles européens et met en lumière la dépendance critique de l’Europe à certaines matières premières. Dans ce contexte, les politiques européennes doivent combiner soutien à la demande, réindustrialisation ciblée et sécurisation des approvisionnements.

Une croissance structurelle

Les ventes européennes de véhicules électriques à batterie (BEV) et hybrides rechargeables devraient croître respectivement de 15 % et 18 % par an entre 2025 et 2030[3]. Le taux de pénétration des BEV atteindrait environ 42 % du marché européen des véhicules particuliers en 2030, contre près de 16,4 % en 2026.

Cette évolution s’accompagne d’un déplacement majeur de la valeur économique au sein du véhicule. En effet, environ 50 % de la valeur d’un BEV provient du groupe motopropulseur électrique, dont près de 35 % pour la seule batterie, tandis que pour un véhicule thermique, le moteur et la transmission ne représentent qu’environ 18 % de la valeur. Ce basculement fait des batteries un enjeu stratégique, tout comme les matériaux indispensables à leur fabrication.

Une dépendance critique

L’Europe, et son industrie de véhicules électriques, demeure fortement dépendante des importations de matériaux stratégiques. Elle importe environ 99 % de son graphite naturel, 96 % de son manganèse, plus de 80 % de son lithium et de son cobalt et près de 98 % de ses terres rares raffinées, majoritairement en provenance de Chine[4]. Cette dépendance est particulièrement marquée pour les aimants permanents, indispensables aux moteurs électriques, dont 90 % du raffinage et de la production mondiale sont contrôlés par la Chine.

L’évolution du contexte géopolitique met en évidence les risques de cette dépendance. A titre d’illustration, la Chine a annoncé le 13 octobre 2025 de nouveaux contrôles à l’exportation visant les technologies à double usage. Bien que principalement orientées vers les applications de défense, ces mesures pourraient perturber la chaîne d’approvisionnement automobile en restreignant l’accès à des matériaux clés de cathode et d’anode.

Cette dépendance ne relève pas d’une pénurie géologique car dans les années 1980[5], l'Europe figurait parmi les principaux producteurs de terres rares. Cependant, des réglementations environnementales strictes et la qualité inférieure des minerais ont progressivement renchéri les couts d’exploitation. En parallèle, la Chine a développé sa production, bénéficiant de coûts du travail plus faibles, de gisements abondants et de contrôles environnementaux moins stricts. Désormais, pour redévelopper les mines européennes, les enjeux résident dans la qualité des gisements, la vitesse de développement des projets, l’obtention des financements, les capacités de raffinage et l’acceptation sociale de la réouverture des mines.

Le recyclage, une solution partielle mais dans 15 ans

Face à la dépendance structurelle aux importations, le recyclage est un levier stratégique. Le Critical Raw Materials Act[6], adopté en 2024, fixe un objectif clair : couvrir au moins 25 % de la consommation annuelle européenne de matériaux critiques par le recyclage d’ici 2030. Dans le cas des batteries par exemple, le recyclage pourrait réduire les besoins de nouvelles extractions de 10 à 30 % pour plusieurs minéraux clés dans un scénario de neutralité carbone.

Share of secondary supply in total demand for selected materials in the Net Zero Scenario, 2010-2040

Source : Outlook for key minerals – Global Critical Minerals Outlook 2024 – Analysis - IEA

Le recyclage présente un intérêt double. D’une part, il sécurise des flux domestiques, par exemple, de lithium, nickel, cobalt, cuivre ou graphite, et protège contre les chocs géopolitiques. D’autre part, il présente un avantage environnemental : par exemple, produire une tonne d’aluminium recyclé génère jusqu’à 97 %[1] d’émissions de CO₂ de moins que l’aluminium primaire ; un différentiel comparable pour plusieurs métaux utilisés dans les batteries.

Cependant, les taux de recyclage restent hétérogènes. S’ils sont élevés pour l’acier ou l’aluminium, ils demeurent très faibles pour les terres rares, avec des taux estimés entre 5 et 10 % au[2] niveau mondial. À cela s’ajoute une contrainte temporelle : la durée de vie des batteries, d’environ 15 ans, implique que les premiers volumes réellement significatifs issus du recyclage ne seront disponibles qu’à partir de 2040. D’ici là, la croissance du marché devra être alimentée principalement par l’extraction primaire.

L’ambition du Critical Raw Materials Act

Pour répondre à ces vulnérabilités, l’Europe s’est engagée dans une stratégie de réindustrialisation ciblée. Le Critical Raw Materials Act fixe des objectifs ambitieux à l’horizon 2030 : 10 % d’extraction domestique, 40 % de transformation sur le sol européen et un plafonnement de la dépendance à un pays tiers à 65 %.

La Commission européenne a déjà identifié 47 projets stratégiques, répartis dans 13 États membres et représentent un besoin d’investissement cumulé d’environ 22 milliards d’euros. Ils couvrent l’extraction, la transformation et le recyclage. En parallèle, le plan ResourceEU[1], adopté en décembre 2025, prévoit la mobilisation d’environ 3 milliards d’euros de financements publics pour dé-risquer les projets, coordonner les achats, soutenir le stockage stratégique et accélérer les décisions d’investissement.

Malgré ces initiatives, force est de constater que la sécurisation des approvisionnements ne peut reposer uniquement sur le territoire européen. L’Union européenne multiplie alors les accords de coopération avec des pays disposant de ressources clés ou de capacités de raffinage, notamment avec le Canada, l’Australie, plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique, ainsi que l’Indonésie pour le nickel. Ces accords visent à faciliter les investissements et à harmoniser les standards environnementaux et sociaux. En parallèle, certains États membres investissent directement dans des projets miniers ou de raffinage hors d’Europe afin de garantir des contrats d’approvisionnement industriels.

La croissance du marché des véhicules électriques en Europe s’inscrit dans une dynamique structurelle porteuse, mais expose des vulnérabilités liées aux approvisionnements en matériaux critiques. La sécurisation de ces ressources, combinée au développement du recyclage, sera déterminante pour soutenir cette transition. Dans ce contexte, la transition énergétique apparait autant comme un défi de souveraineté que comme une opportunité d’investissement de long terme.

Le présent commentaire est fourni à titre informatif uniquement. Les opinions exprimées par le groupe La Française sont fondées sur les conditions actuelles de marché et sont susceptibles d'évoluer sans préavis.  Ces opinions peuvent différer de celles d'autres professionnels de l'investissement. Les informations contenues dans cette publication sont basées sur des sources considérées comme fiables, mais le groupe La Française ne garantit pas qu'elles soient exactes, complètes, valides ou à propos. Publié par La Française Finance Services, dont le siège social est situé 128 boulevard Raspail, 75006 Paris, France, société réglementée par l'Autorité de Contrôle Prudentiel en tant que prestataire de services d'investissement, n° 18673, et enregistrée à l’ORIAS (www.orias.fr) sous le n°13007808 le 4 novembre 2016 est une filiale de La Française. Crédit Mutuel Asset Management : 128 boulevard Raspail 75006 Paris est une société de gestion agréée par l'Autorité des marchés financiers sous le n° GP 97 138 et enregistrée à l’ORIAS (www.orias.fr) sous le n° 25003045 depuis le 11/04/2025. Société Anonyme au capital de 3 871 680 €, RCS Paris n° 388 555 021.

[1] Jefferies March 9 2026 Made in Europe: A Catalyst for European Industry? Europe Sustainability & Transition Strategy

[2] Jefferies March 9 2026 Made in Europe: A Catalyst for European Industry? Europe Sustainability & Transition Strategy

[3] Jefferies March 9 2026 Made in Europe: A Catalyst for European Industry? Europe Sustainability & Transition Strategy

[4] Kepler Chevreux, Transition enablers, 4/11/2025, Playing critical minerals in Europe, Josep Pujal

[5] Kepler Chevreux, Transition enablers, 4/11/2025, Playing critical minerals in Europe, Josep Pujal

[6] European Commission. European Critical Raw Materials Act, Regulation proposal 2023/0079 §: https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_23_1661

[7] J.P.Morgan 17 November 2025 Global Research / Sustainable Investing Research. The Sustainable Investor. Critical minerals: Unearthing alpha across equities and credit

[8] J.P.Morgan Asia Pacific Equity Research. Transition Talks Critical Minerals, Critical Shifts: Rare earth elements expert call takeaways 30 septembre 2025

[9] Commission adopts RESourceEU to secure raw materials, reduce dependencies and boost competitiveness

 

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