Sommes-nous à la fin d'un « supercycle » pétrolier ?

25 juillet 2022

par Audrey Bismuth, Global Macro Researcher, La Française AM

À deux reprises, au mois de juillet, le Brent est passé sous les 100 dollars le baril. La détérioration de la trajectoire de l’économie mondiale et le risque de récession plus rapide que prévu aux Etats-Unis, l’appréciation du dollar contre l’ensemble des devises et les mesures de restriction sanitaire strictes en Chine, deuxième plus grand consommateur mondial de pétrole, ont pesé sur les prix. De manière quasi-synchronisée, la plupart des banques centrales, aussi bien des pays industrialisés que des marchés émergents, s’empressent de relever leurs taux directeurs pour lutter contre une inflation galopante.  Elles cherchent à faire baisser la demande des biens et des services avec un resserrement agressif des conditions de crédit pour que les tensions sur les prix ne s’installent pas dans la durée. Les craintes de ralentissement de la consommation de pétrole lié à une remontée trop brutale des taux d’intérêt ont donc poussé les investisseurs à réduire leurs positions spéculatives en dépit d’une offre restreinte.

Cependant, les fondamentaux sont solides : réouverture des économies, niveau très bas des stocks, difficulté de l'OPEP à produire davantage avec des capacités de production inutilisées limitées, embargo occidental sur le pétrole importé de Russie. La ‘backwardation’ de la courbe des prix du brut, situation dans laquelle les contrats à court terme se négocient plus chers que ceux à long terme, reste très marquée. Elle témoigne d’un marché tendu et d’une tendance toujours positive pour les cours de l’or noir. Le 18 juillet, le prix spot du Brent s'est redressé autour de 106 dollars tandis que les contrats futurs à échéance décembre 2022 se sont rétablis légèrement en dessous de 96 dollars le baril. En parallèle, sur le marché physique, les cours du pétrole brut ont grimpé à leur plus haut niveau depuis 2008 selon Bloomberg.

La demande mondiale de pétrole continue d’augmenter. Les analystes de l'Agence internationale de l'énergie et de l'Agence américaine d'information sur l'énergie s'attendent à ce qu’elle augmente d'au moins 2 millions de barils par jour (b/j) en 2023, au-dessus des niveaux pré-pandémie. L'OPEP est plus optimiste avec une croissance attendue de la demande mondiale à 2,7 millions b/j. La consommation mondiale de pétrole sera principalement soutenue par l’Asie. Elle sera portée par la demande de l’aviation (kérosène) avec la reprise du trafic aérien. Toutefois, la décélération de l'activité économique mondiale devrait entraîner des révisions à la baisse de la consommation globale de pétrole sur les prochains mois.  Historiquement, la demande de pétrole ne s'est contractée que lors des récessions les plus sévères. Selon J.P. Morgan, à l'exception de la récession causée par la pandémie de COVID en 2020, elle ne s'est jamais réduite de plus de 3,0 millions b/j sur un an. En comparant toutes les années où la demande de pétrole a chuté en glissement annuel, 60 % du temps, la baisse de la demande a été limitée à moins de 1,0 million b/j et 20 % du temps, entre 1,5 à 2,0 millions b/j. 

Du côté de l'offre, les analystes prévoient une production limitée par les pays de l'OPEP et des approvisionnements plus importants de la part des producteurs non membres de l'OPEP (principalement les Etats-Unis, le Canada, le Brésil et la Norvège). Les pays de l'OPEP et ses alliés (OPEP+, dont fait partie la Russie) ne parviennent pas à produire les quotas de production qu’ils se sont fixés. En juin, il manquait 2,7 millions b/j alors que l’alliance avait décidé d’augmenter sa production de 432 000 b/j. L'incapacité de produire davantage devrait perdurer compte tenu du vieillissement des infrastructures et des années de faibles investissements. Seuls l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent de capacités excédentaires inemployées. Selon l'Agence internationale de l'énergie, leurs réserves pourraient chuter à seulement 2,2 millions b/j d’ici le mois d’août. L'Arabie saoudite produit actuellement près de 11 millions b/j. Le pays pourrait augmenter sa production à 12 millions b/j mais sa capacité maximale a atteint, à une seule reprise, 11,5 millions b/j en avril 2020. En parallèle l'Iran pourrait être une alternative à la Russie, les négociations avec les Etats-Unis pour restaurer l'accord de 2015 semblent difficiles en dépit de rumeurs d’un accord imminent. Enfin, aux États-Unis, sous la pression des actionnaires, la production reste en dessous du pic atteint avant la pandémie (1 million b/j de moins). Dans une économie mondiale qui cherche à renoncer aux énergies fossiles pour privilégier les sources plus propres, les cinq plus grandes compagnies pétrolières du monde prévoient d'investir 81,7 milliards de dollars cette année, soit la moitié de ce qu'ils ont dépensé en 2013. L'inflation, les problèmes sur les chaînes d'approvisionnement, les pénuries de main-d'œuvre et la diminution de l'activité des opérateurs ont également limité la croissance de la production américaine. Après 11,6 millions b/j au premier semestre de 2022, l'Agence américaine de l'information sur l'énergie estime que la production américaine devrait atteindre, en moyenne, 12,2 millions b/j au cours du deuxième semestre 2022 et 12,8 millions b/j en 2023, ce qui dépasserait le précédent record annuel établi en 2019. L'augmentation de la production de gaz naturel du Bassin permien, le plus grand bassin de production de pétrole aux États-Unis, fait également peser un risque à la baisse sur sa production de pétrole brut au cours des prochains mois.

Les stocks mondiaux de pétrole (hors Chine) demeurent extrêmement bas. Ceux des pays de l’OCDE restent inférieurs de près de 300 millions de barils par rapport à leur moyenne sur cinq ans, même s’ils se sont redressés grâce au déblocage, en mars dernier et pour six mois, des réserves stratégiques de pétrole des Etats-Unis et des membres de l’Agence internationale de l’énergie. L’offre de pétrole devrait par ailleurs se réduire d’ici la fin de l’année avec l’entrée en vigueur de l'embargo de l'Union européenne sur le pétrole russe. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les exportations de pétrole russe ont chuté de 250 000 b/j en juin, à 7,4 millions b/j, le plus bas niveau depuis août 2021. 
En conclusion, la dynamique reste favorable aux prix du pétrole avec le maintien de la forme de la courbe en ‘backwardation’. Toutefois, la volatilité de l’or noir devrait se poursuivre jusqu'à ce que les pressions inflationnistes s'atténuent.

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